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Monsieur Jean
NICOLAS, |
Lors de nos réunions mensuelles
au sein de l’Euro SM Club, il est prévu que certains mois nous invitions une
personnalité ayant eu une influence directe ou ayant participé de près au démarrage
ou au lancement de la CITROËN SM. Un lundi ce fut Mr Jean NICOLAS qui nous a
rendu visite.
Il
est de ces hommes de l’ombre qui par leurs travaux et leurs talents ne doivent
pas être les oubliés de l’histoire de l’automobile.
La naissance et l’aventure de la CITROËN SM ne devaient pas oublier Jean NICOLAS et sa passion pour cette période riche en créations.
Tout
au long de cette interview, il nous remémorera sa participation à plusieurs études
de différents projets.. A cette époque le centre d’études était situé Rue
du Théâtre dans le 15ème arrondissement de Paris. C’est en deux
parties que sera développée cette passionnante soirée que nous a offert ce
"touche à tout" qu’est Jean NICOLAS. Bien que savourant
aujourd’hui une retraite bien méritée il n’en est pas moins resté un
chercheur et un "Géo TROUVETOUT" des plus passionnant !
Sa présence dans toutes les étapes et évolutions du "Projet S" est déterminante c’est pourquoi il était tout naturel d’inviter à notre soirée de l’Euro SM Club Monsieur Jean NICOLAS, ce "chaînon manquant", si présent au sein du B.E.A CITROËN en ces années de grandes innovations qu’étaient les années 70.
Jean
NICOLAS du "Bureau d’Etudes Citroën": le "chaînon
manquant"
Tout d’abord permettez moi de
vous remercier pour votre invitation et vous complimenter pour le fait d’avoir
adopté ce véhicule qu’est la Citroën SM.
Ce
véhicule, issu du projet "S" comme sport, émane des études effectuées
par un groupe dont la vocation était, pour l'essentiel,
la recherche de performances automobiles améliorées ; mais également
l'expérimentation de nouvelles orientations susceptibles de
passer de l'avant projet, au projet puis à l'étude pour aboutir à
l'industrialisation.
Ce
secteur d'études fut confié , par Monsieur Jean Cadiou ( directeur du B.E.A.)
, à Monsieur Jacques Né ( proche de Monsieur André Lefèvre
ex ingénieur en chef , éloigné du B.E.A. pour raison de santé ) .
Pour Monsieur Né , Monsieur Lefèvre
était la références technique.
Monsieur
Né, ( dessinateur projeteur quitta
donc le groupe boîtes de vitesses dirigé par Monsieur Alphonse Forceau), tout
en demeurant dans le secteur des études mécaniques, devint responsable du
groupe "Etudes Nouvelles". Ce bureau d'études, dans le bureau d'études,
disposait (au travers des personnes qui le composaient) d'un potentiel de compétences
et de connaissances de l'entreprise diverses et complémentaires. Un budget généralement
acceptable, témoignage de la confiance accordée, conférait
à ces EN une autonomie
exceptionnelle grâce à laquelle le groupe pouvait , dans les meilleurs délais,
réaliser des pièces, des organes voire des véhicules prototypes.
Monsieur
Léonzi, projeteur en structure et carrosserie était intégré à ce groupe. Ce
dessinateur avait, entre autres projets, étudié les carrosseries des célèbres
autocars Citroën des "lignes régulières". Lorsque vint l'heure de
la retraite de ce collaborateur talentueux, Monsieur André Estaque, ingénieur
responsable du secteur "Etudes structure
et Carrosserie", me désigna pour entrer dans "le local
secret" des E.N. et oeuvrer sur les traces de ce vénérable prédécesseur.
Ainsi,
ayant quitté le groupe d'étude de Monsieur Pierre Franchiset, je me retrouvais
dans un environnement vétuste. Certaines photos présentées ce soir permettent
d'apprécier la modestie du lieu et des équipements. Nous étions situés entre
la chaufferie et la verrière . Nous avions toujours très chaud ...!
Nos
objectif étaient diffus; la recherche était notre base journalière de
travail. Tout ce qui était intrigant, tout problème qui inquiétait nos
"patrons" était notre lot. Mieux situé le centre de gravité, réduire
le maître couple, réduire le poids (structure en Duralumin par exemple) ,
augmenter la puissance, améliorer le refroidissement moteur, améliorer le
balayage du pare-brise, améliorer la filtration des choc, des vibrations et des
bruits, réduire la consommation de carburant, étudier des sièges et des accès,
expérimenter des solution proposées par d'autres secteurs ou par des
fournisseurs etc...
Puis
un jour on nous a demandé d'implanter le moteur 6 cylindres Maserati dans
l'unit avant d'une DS.
Enfin
le moteur dont cette automobile était
digne ...!
J'ai
donc tenté, au dessin, l'opération
et là je me suis aperçu que le moteur en V à double arbres à cames en tête
ne pouvait être contenu entre les supports des deux demi essieux directeurs.
Le
B.E.A était dans l'impasse !
C'est
dans ce contexte que Monsieur Né eu l'idée d'inverser
les demi-essieux (dits bêtes à cornes) et de les avancer de façon à
situer le groupe moto-propulseur par rapport
aux roues avant. Ceci impliquait une importante transformation de l'unit avant
de la structure de la DS. Cette application fut primordiale dans l'intégration
du moteur Maserati dans unit avant qui n'était plus celui de la DS (voiture
d'exception qui acceptait avec brio les successives sur motorisations) !
La
nouvelle plate-forme était constituée:
-
de l'unit avant
-
d'un caisson central spécifique
- d'un unit arrière type DS allongé.
Une
super structure DS modifiée coiffait cette plate-forme ;
ainsi étaient créées les caisse des "mulets" SM destinés
aux essais sur route. Dans les grandes lignes
les structure et liaison au sol de la SM sont très apparentées
à celles de la DS, d'où ce cette sécurité active incomparable. Voilà
le point de départ de l'aventure SM.
J'ai
à coeur, maintenant, de vous faire part d'une remarque
de Monsieur Joly, ingénieur de la société Chausson, avec lequel je
collaborais ; cette remarque prend toute sa valeur lorsque l'on sait que
l'entreprise Chausson travaillait pour de nombreux constructeurs
(dans la période d'étude
de la SM, Chausson menait en parallèle celle de l'Opel GT). Cette remarque face
à nos tolérances de cotation, donc à nos exigences en matière d'usinage des
caisses fut la suivante:
"Maintenant
je comprends pourquoi vos véhicules ont un comportement aussi
exceptionnel".
Ces
exigences avait un prix... !
En
effet les composants d'une caisse autoporteuse, positionnés et bridés sur des
supports, sont assemblés par points de soudure électrique. Au débridage
(ouverture des "sauterelles"), la caisse libérée, des bridages mécaniques,
subit les contraintes dues aux assemblages. Autrement exprimé, elle se voile
de l'ordre de deux à trois centimètres. C'est pour contourner ce défaut
que les zones d'encrage des essieux étaient usinées sur caisse "en
blanc", l'une après l'autre et l'une par rapport à l'autre.
Ayant
une excellent connaissance de la structure des mulets et de l'implantation et de
la répartition des masses ; je fus désigné correspondant Citroën auprès de
la Société Chausson (notre sous traitant en carrosserie). Il est bon de
souligner les réalités de conception de la liaison au sol (robustesse et sécurité):
- fonderie
et usinage des corps d'essieux
-
forge et usinage des bras de suspension
- roulements et articulations ...
Le
Prix de revient fabrication était lui aussi exceptionnel ...!
Positionner
et intégrer le moteur fut donc ma première mission au niveau de ce véhicule
lors de mon arrivée dans ce service. Positionnement des personnes transportées,
situer et axer les éléments de commande ; pédale de frein, accélérateur,
etc... furent tout naturellement le suivi du cahier des charges du projet SM sur
lequel je devais dorénavant ‘’plancher’’. Mon rôle le plus déterminant
étant de définir la longueur finale du projet abouti, son centre de gravité
situés au tiers de l’empattement, etc... Je souhaiterais maintenant me mettre
à votre disposition et répondre à vos questions, sur cette période du bureau
d’études pour moi si chargée de souvenirs.
Question de Pierre Philipps : “ il
est régulièrement mentionné dans l’histoire de la SM, la responsabilité
qu’il vous incombait de proposer des études “d’allégement” sur les évolutions
de la SM, qu’en est il exactement ? ”
Réponse
de Jean Nicolas : “ de 1967 à 1970, le véhicule
‘’S’’ fût réalisé en 156 semaines et bien évidemment dans un
premier temps l’étude d’allègement n’était pas une priorité. C'est en
l'absence de Monsieur Né (victime d'un ictère contracté lors d'un voyage en
Egypte) que Messieurs Alléra (successeur de M. Forceau) et Magès (père de
l'hydraulique Citroën), tous deux devenus codirecteurs du B.E.A, me
donnèrent deux semaines pour leur soumettre un avant projet de véhicule
sport raccourci et allégé sur base SM.
Et, pour présenter et supporter
le développement de mes études et de mes idées de modification ;
j’avais obtenu de grandes affiches publicitaires de la SM auprès des
relations publiques. Puis, avec des ciseaux, j’avais effectué des découpages
qui furent ensuite présentés à Messieurs Magès et Alléra, et cela permis
une bonne base d’appréciation.
Ma première proposition d’arrière
tronqué ne fut pas tellement appréciée et vous pouvez voir sur ces photos ce
à quoi vous avez pu échapper. Il est vrai que l’ensemble n‘était pas
convainquant !
Mais
où la tronquer ?
De
la goutte d’eau à l’Expérimentale.
Je décidais de faire carrément autre chose, et de prendre le problème avec d’autres orientations. Partant de la silhouette de la SM de série, je repris l’idée de cet arrière tronqué et me rapprochais de l’idée parfaite de la goutte d’eau (en tête de tout styliste, de tout chercheur et de tout designer automobile). Ainsi la SM Expérimentale ou la base sportive du coupé Bandama seront les créations qui découleront de ces études. Mais, à partir de quel niveau devrons nous tronquer l’arrière de nos SM ? La décision fut dictée par les essais en soufflerie. Ces essais, études et analyses des ‘’portances ‘’ des véhicules détermineront l’endroit où arrêter l’arrière de la carrosserie. Les portances avaient bien sûr une incidence importante dans nos décisions ; le véhicule doit “ coller à la route ” et donc il fallait compenser l’allégement. Avec ces ensembles de données, ces paramètres, il fallut se rendre régulièrement à La Ferté Vidame (Centre d’Essais Citroën), réaliser des maquettes au 1/5e et travailler dans les délais les plus courts. Appréciation des filets d’air devant rester collés à la carrosserie, ‘’tendre le pavillon’’ d’une certaine manière, je du même proposer du fait de ces modifications de nouveaux feux arrières. Bien évidemment, tout cela était réalisé d’une façon très artisanale, mais toujours en premier lieu entièrement dessiné. Ce premier véhicule réalisé, j’avais obtenu un gain de poids de 300 kg, ce qui était considérable. Au vue de ces résultats, une question me fut régulièrement posée : de combien fut raccourci le véhicule ? La réponse était de 550 mm, ce qui correspondait à la différence de longueur par rapport au véhicule de série.
L’OSSATURE de "l’EXPERIMENTALE’’
Surbaissée,
superstructure en ‘’dural’’, l’ensemble composant la carrosserie nécessitait
des outils adaptés à leurs réalisations. Mes bonnes relations avec la Société
Chausson me permirent de régler ces problèmes.
En effet, il faut savoir que pour l’aluminium, les matrices et poinçons
d’emboutissage sont différents dans leur conception que celles utilisées
pour emboutir de l’acier (à cause des rayons des
lignes de lumière). De toute façon,
je travaillais toujours à partir de plans et de dessins que j’avais
soigneusement et précisément élaborés. Cette réserve d’informations
permit de réaliser des outils d’emboutissage qui servirent par la suite à
faire les éléments de carrosserie spécifiques aux véhicules de compétition
de l’époque, service dirigé par Madame Marlène Coton. Ces études permirent
donc de ‘’vendre’’ à ce service deux véhicules allégés, ce qui pour
nous permis d’abaisser le coût des études et des projets engagés. Je fus,
en prévision de la participation d’une SM “série” pour les 24 heures de
SPA FRANCORCHAMPS, sur le stand de Ligier au 24 heures du MANS et je ne me suis
pas gêné pour mitrailler
(photographiquement) les véhicules de courses et plus particulièrement les
structures et carrosseries. Là, je pu constater que nos études étaient encore
plus élaborées que ce qui existait en carrosserie et châssis sur les véhicules
de compétition de l’époque. Ainsi, j’avais déjà trouvé la solution pour
intégrer (toujours dans le but de gain de poids !) des pièces en résine
de synthèse, renforcées de fibres de verre. (environ 1mm d’épaisseur) et
j’avais réussi à les assembler par soudures ! (par résistance). Ces pièces,
en fibres de verre / résine, intégrant des éléments en aluminium ou par
soudure électrique en acier ; elles étaient ainsi assemblées sans
rivets. Je remarquais que pour des véhicules de compétition, on se servait énormément
d’assemblage par rivetage , ce qui pouvait donner une image flatteuse par leur
silhouette, mais faisait très ‘’bricolo’’ dès lors que l’on pouvait
s’approcher de l’une d’elle ! !
Question
de François Poitevin : “ A propos du prototype d’allégement, que
peut on dire de cette masse noire qui apparaît sur les photos de vos études ? ”
Réponse
de Jean Nicolas : “ A partir de la SM de série que vous apercevez
sur la photo, j’ai découpé la moitié de la voiture, dans le sens
longitudinal et j’ai travaillé et proposé les modifications sur l’autre
moitié. La moitié du véhicule a donc été “ défoncée ” avant
remodelage.
Question de Pierre Philipps : “ Quel
était le but de cette prise de vue où l’on vous voit dans les années 70,
tendre une bâche derrière le projet proposé ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Le fait de tendre une bâche avait pour but de cacher nombre de choses
à ne pas montrer. Peu de photos en effet ont pu être prises au laboratoire du
bureau d’études Rue du Théâtre. Mais parfois, une présentation au
‘’patron’’ était nécessaire pour leur montrer l’avancée des travaux
et puis aussi, lors de recherches plus abouties, il nous fallait faire effectuer
des prises de vues pour exécuter des dossiers et les faire enregistrer auprès
de l’Institut de la propriété industrielle. Nous étions dans ce service des
‘’touche à tout’’, et des compagnons ou techniciens trop bavards
pouvaient déstabiliser un projet en pleine étude ! ! !... Moins
on en montrait, mieux on se portait. En matière de photos et
prises de vues, l’autorisation était rare.
Question de Pierre Philipps : “ Avez
vous travaillé sur les projets antérieurs à la SM, ce que l’on classait déjà
comme projet ‘’S’’ ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Pour ces études sur base DS , nous avions dès le début de ce
projet ‘’S‘’ gardé le souci de la participation du ’’produit’’
à la compétition et au rallye. Le tout avec un éclairage des plus efficace.
Mon patron m’avait demandé d’étudier et de réaliser quatre phares intégrés
et, tenant compte du ‘’SCx’’ (coefficient de pénétration dans
l’air), j’avais supprimé totalement les phares latéraux. Voilà une de mes
premières études concernant le projet ‘’S’’ sur la base du D.‘’
Question du Damien Bascou : “ Vous
avez travaillé sur des bases de DS équipées d ‘anciens phares, donc
avant restyling ! ”
Réponse
de Jean Nicolas : “ En effet, j’ai fait cette étude de phares intégrés
dans ce capot, sur une base de DS, bien avant 1967. Donc, pour entrer dans le détail,
suppression de la roue de secours puis, je me suis accaparé la partie centrale
du capot, installé des projecteur
sur une platine, elle même commandée avec une variation de hauteur et articulée
afin de bouger en fonction ‘’dynamique’’. Tout cela dans un compartiment
complet avec couverture en ‘’plexi’’ qui tombait sous la capot. Et la
roue de secours me direz vous, qu’en avez vous fait ? J’avais prévu de
la mettre sous le siège passager, et j’avais étudié et réalisé une
carcasse en acier, une poignée pour faire basculer le dossier, l’assise
composée d’une toile bordée d’un fil métallique et d’anneaux en
caoutchouc, façon 2CV. On s’asseyait alors dans le creux de la roue !
L’ensemble, articulé, basculé pour laisser l’accès à cette envahissante
roue de secours, le coffre et l’habitacle moteur était dégagé. ”
PREMICE
DE LA RAMPE SUR VEHICULE CITROEN SM ?
Question de Pierre Philipps : “ Vous
avez développé une étude d’articulation du capot avec le pare brise. Pouvez
vous nous en donner quelques détails ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Oui, l’articulation du
capot et du pare brise est un projet qui avait fait son chemin, et là aussi,
sur base DS. Le capot pouvait se relever avec le pare brise, mais aussi avec une
partie du tableau de bord. Le capot venait doubler le montant latéral du
montant de pare brise et articulait l’ensemble visière de planche de bord
comprise. Le centre de gravité placé assez haut facilitait l’articulation,
et ce dispositif permettait un accès au moteur et plus particulièrement au
quatrième cylindre plus aisé. Pour un '‘proto'’, les idées et les éléments
fournis à la réflexion permettait de mieux faire apprécier aux décideurs de
l’époque les nouvelles orientations et choix en matière d’application
(style ou mécanique), d’avancées technologiques. Il faut dire qu’en ce
temps là, on ne se privait pas de réaliser toute idée et même les plus
loufoques ! Qu’aurait donné cette application ‘’capot / pare
brise’’, en série, je ne le saurai jamais. Sur l’arrière de la DS,
j’avais aussi effectué une modification à partir de la ligne basse de la
custode pratiquement sans décrochement avec le capot de coffre. Ceci favorisait
une ligne arrière, beaucoup plus cossue, avec un volume coffre plus berline de
maître. Un peu à la façon des Etablissements ‘’Chapron’’, mais, notre
vocation de grande série ne nous donnait pas toujours une possibilité de
travail à la façon des ateliers de Monsieur Chapron. Ce véhicule fut entièrement
réalisé et testé sur l’anneau de Montlhéry, mais, malheureusement, cette
sorte de voiture de maître ne fut finalement pas retenue.
CAPOT,
PARE-BRISE ET VISIERE PLANCHE DE BORD COMPRISE
Question de Pierre Philipps : “ Le réservoir
d’essence étudié en une seule pièce avec positionnement sous le siège arrière,
en travers, avait il été étudié pour la SM ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Non, on avait fait une étude de réservoir en une seule pièce, mais
cette étude déjà bien avancée lors de mon arrivée dans le service,
n’avait pas été à ma connaissance été étudiée pour le projet
‘’S’’. Par contre, il me revient en mémoire une anecdote concernant
l’étude de l’habitacle de l’intérieur de la SM. Lorsque l’étude intérieure
de la voiture s’est posée dans le cahier des charges, Messieurs Né et
Lebreton, (ingénieur venant de Panhard), Monsieur Truillet (carrossier) et moi
même sommes montés dans une Austin Mini pour apprécier le volume interne de
l’habitacle. L’objectif : quatre personnes dans un coupé grand sport,
tel que la SM, a certes des places arrières restreintes, mais les directives étaient
précises : si dans une si petite voiture qu’est la
Mini , on a réussi à intégrer quatre vraies places, pourquoi ne
pas réussir cet objectif dans ce grand coupé ?
Cela fut fait, et je vous
confirme que les assises de l’habitacle de la SM viennent bien d’après un
essai fait à partir d’une Austin Mini !
Et les bases Panhard, me direz
vous ? Car je remarque quelques grandes photos présentées ce soir dans
cette salle, de quelques travaux que j’ai effectués sur base Panhard. Il faut
savoir que deux Panhard furent équipées de moteurs Maserati, et une autre, très
proche du véhicule de série était montée en moteur quatre cylindres en
ligne, à la place du ‘’moteur à plat’’, spécifique Panhard.
L’ensemble avait bien été étudié mais cette évolution avait été
abandonnée. De plus, une étude ‘’longue’’ avec capot rallongé façon
cigare, des Jaguar Type E, fut proposée, elle avait beaucoup de personnalité,
malheureusement, là aussi, pas de suite donnée à ce projet fort intéressant.
Question de Damien Bascou : “ Ce sont
les photos de Panhard 24 CT qui m’amènent à cette question : le moteur
Maserati a t’il été monté sur une base Panhard pour envisager de sauver ce
modèle ou pour des raisons purement d’essais et de tests ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Non, les bases de ces véhicules étaient intéressantes et
disponibles, elles ont servi surtout de châssis et de ‘’mulets’’. Il ne
faut voir dans ces photos qu’un habillage Panhard sur des châssis Citroën.
Une Panhard de cette époque existe toujours, vous la connaissez peut être ;
elle servait de base d’études pour la Société Michelin, parce que nous étions
le seul constructeur à réaliser une Traction à ce type de niveau d’essais,
équipée d’une motorisation de cylindrée élevée. Plus on met de la
puissance sur une automobile, pour en apprécier le couple, plus il nous faudra
des voies larges. Plus les roues sont larges, plus il faut augmenter
l’asservissement et nous étions grâce à l’hydraulique, les seuls à
pouvoir proposer ces châssis performants.
La Traction à 270 km/h, c’était
nous ! Et cette liaison au sol hors du commun, c’était nous ! Tout
était fouillé, recherché, pas toujours d’une manière très scientifique,
comme cette étude à partir d’une petite maquette, mais l’on savait vers
quoi s’orienter avec des exigences concrètes.
Question de François Poitevin : “ Des
ingénieurs dans "leur coins", adaptant tel châssis, faisant telle
habitabilité avec tel moteur, pour obtenir telle voiture ? C’était une
politique de recherche assez étonnante dans ce bureau d’étude ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Il est vrai, et l’on n’y peut rien, tout le monde veut avoir créé,
tout seul quelque chose, et cela est faux. Il en est de même pour la réalisation
de la SM, comme de beaucoup d’autres choses. Il faut préciser que seul le
chef d’orchestre de ce projet fut Monsieur Né, et s’il n’avait pas été
là, le véhicule n’aurait pas été fait, et si l’équipe composant ce
bureau d’études n’avait pas été disposée à créer ce grand projet, nous
ne serions pas là ce soir. Les impératifs techniques, législatifs, les normes
avec le cahier des charges, les études de marché, les études sur les véhicules
concurrents, furent les critères incontournables de la création automobile ; plus particulièrement pour nous : les angles de
positionnement, les zones d’implantation, hauteur de pare chocs, de plaques de
police , équipements mécaniques, volume coffre (l’incontournable 200
haut x 400 large x 600 de long, règlement sportif oblige !) 70 kg, 1,5 kg
de bagages par personne transportée, tous ces paramètres doivent être appréciés
dans chacune des étapes du projet. Aujourd’hui, un homme responsable véhicule
et projet est désigné, il est ‘’l’homme synthèse’’. Il est chargé
de coordonner l’ensemble de ces paramètres. En ce qui concerne la Citroën
SM, ce fut la première fois qu’un homme véhicule fut désigné et nommé
coordinateur de l’ensemble du projet.
Question de François Poitevin : “ En
ce qui concerne la rampe de phares ‘’sous vitrine’’, comment cette
proposition a t-elle été retenue ? ”
Réponse de Jean Nicolas :
“ Les phares additionnels devenaient quelque chose de courant, et il se
trouvaient montés souvent d’un manière sauvage sur les pare chocs ou
directement sur la carrosserie freinant les entrées d’air et gênant le
refroidissement du moteur. Le service du style Citroën décidant l’intégration
sous ces vitrines de verre de la rampe d’éclairage, il nous fallut prévoir
une calandre installée dans la jupe inférieure avant, assez importante, qui
favorisera au maximum le refroidissement du moteur Maserati. C’est donc au départ
le style qui a dessiné et proposé cette intégration
de rampe.
Question de Pierre Philipps : “ On
peut remarquer des enjoliveurs de Panhard sur la maquette plâtre de l’étude
d’allégement de la SM. Cette suggestion aurait t’elle pu être retenue ?
Réponse de Jean Nicolas :
“ Certainement que non ! Les enjoliveurs de Panhard étaient une
signature trop personnalisée, trop ‘’Marque’’, pour s’en servir sur
ce type de produit. Ils étaient tout simplement disponibles ce jour là et je
m’en suis servi uniquement pour habiller l’étude en cours ! Mais il
est vrai qu’ils étaient certainement plus légers que ceux de la SM de série en
inox !
Pour terminer, je dirai que j’étais
un carrossier parmi des mécaniciens, j’étais surtout voué aux épures, à
la géométrie descriptive, et à dessiner dans l’espace. La prochaine fois
que nous nous reverrons, je vous parlerai de la cartographie de l’air autour
de la SM qui fut une étude très passionnante. Toujours est il que je tiens à
vous remercier de votre invitation et que je vous félicite pour tout le travail
que vous exécutez au sein de mon club car il faut que je précise que bien que
ne détenant pas de SM, je suis membre avec grand plaisir de l’Euro SM Club.
Vous souhaitant une bonne soirée, je vous dis à bientôt pour d’autres
souvenirs de la ‘’Rue du Théâtre’’ sur la Citroën SM.
Propos
recueillis par Pierre Philipps