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Lors de nos réunions mensuelles
au sein de l’Euro SM Club, il est prévu que certains mois nous invitions une
personnalité ayant eu une influence directe ou ayant participé de près au démarrage,
au lancement ou à la vie de la CITROËN SM.
Cette
rencontre revêt un caractère particulier du fait de la participation de
"Coralie" dans une version "reconstituée" lors
de RETROMOBILE en Février 2001. André COSTA et Alain LEPRINCE s'étaient
retrouvés à cette occasion...
André COSTA (Rédacteur en Chef de l'Auto-Journal) et A. LEPRINCE
(Mécanicien de la Coralie) répondent aux questions des membres de l' EURO SM
lors d'une soirée mensuelle organisée par le club. L'aventure "Coralie"
sera au centre de cet échange passionnant !
Mon travail consistait de par ma fonction à écrire et accessoirement à
conduire. Toute l'histoire de "CORALIE" est partie en premier lieu par les
excellentes relations que j'entretenais avec Monsieur WOLGENSINGER (alors Patron
des Relations Publiques chez CITROEN). Je lui avais déjà emprunté des
voitures pour "faire des choses bizarres !" et lorsque j'ai eu l'idée de
traverser le Sahara avec une "SM" à laquelle je prêtais des
qualités de "tout terrain". Il accepta "très beau joueur"
de me prêter un engin, voiture de luxe qui n'avait pas été étudiée pour
cela.
La première question que l'un de vous m'a posé ce soir concernait la
préparation du véhicule; et bien l'étendue de la préparation de
"Coralie" était voisine de néant. En effet seul un petit blindage
sous le carter d'huile avait été rapporté; A part cela sa préparation la
plus spectaculaire était le porte-bagage !
Je voulais avoir des pneus plus larges notamment des "205" car
j'avais peur de m'enfoncer dans le sable. Les ingénieurs en décidèrent
autrement et ne voulurent pas me faire ce plaisir ce qui fait que de peur de
s'ensabler nous avons conduit la voiture toujours au maximum ! Lorsque
nous sommes partis avec cet "engin" j'avais déjà une petite
expérience du désert.
Sur notre passage, beaucoup de curiosités, et ceci dès le départ
particulièrement à El Golea; à l'époque la piste goudronnée s'arrêtait à
60 km au sud de ce point géographique. Là l'essentiel commençait, le plateau
du Tademaït de 400 km de long, premières émotions devant l'étendue infinie
du désert. En revanche, le sol pour ce réel début de périple n'est pas
tellement mou, mais plutôt "tôle ondulée". Tademaït plateau de
toutes les légendes pour les Algériens du Nord; les Gins, Fantômes et ces
quarante passagers d'un car que jamais on ne retrouva hantent ces immensités
sablonneuses. Les camions évitant cette zone descendent plus au sud et
n'hésitent pas à rouler sur 10 km "de Front" sans suivre de route
particulière se rejoignant à la goulotte de la descente du "Salaire de la
Peur". Là, une vertigineuse pente ne peut se descendre qu'en première et
sur de vieux Berliet, on pouvait voir l'aide conducteur arcquebouté les deux
pieds sur le levier de vitesse pour éviter que la vitesse enclenchée ne saute
! Pour la SM et ses premiers tours de roues, tout ce passe bien mais
l'épreuve commença réellement à Imbisame (450 km de la frontière) où les
Algériens avaient omis de nous dirent que toutes les formalités
administratives de sortie du territoire devaient se faire à Tamanrasset et non
à Imbisame; les méharistes Algériens venant d'une garnison disciplinaire nous
firent rebrousser chemin 800 km de plus et une journée de perdue. Le lendemain,
nous sommes donc repartis en moyenne vitesse commerciale, nous avons relié
Tamanrasset en 10h "mille bornes .. 10 heures !"
Dans la nuit des milliers de gerboises (petits mulots des sables) traversant
la piste dans les phares de la SM et quelques lumières au loin nous
annoncèrent la ville tant attendue d'Agadez. Hôtel "FAMILY HOUSE"
tenue par un certain ''Bourdon'', où chaque chambre équipée de
réfrigérateur des plus bruyants m'empêchant de m'endormir malgré la fatigue
de ces dix heures de conduite passées au volant de la SM.
Toute cette aventure fût réalisée en 12 jours et nous permis de rejoindre
le Tchad à N'Djamena (Fort LAMY à l'époque) avec un arrêt obligé par une
patrouille de l'armée Nigérienne en pleine nuit. Ils n'avaient jamais vu de
plaque d'immatriculation de la sorte, ni de passeport Français, et une voiture
aussi étonnante surtout en sortie du désert ! Ils étaient inquiets et nous
questionnant avec une attitude très anglaise sur le "pourquoi nous nous
trouvions là ?!!"
Entre Agadez et Zinder, sables mous, collines et trafic important de camions
creusant d'importantes ornières. Celles ci ne pouvant pas être traversées par
la SM même en position haute ! Cela nous obligea à rouler sur le bas côté ou
hors piste, en zigzaguant entre les buissons, évitant de s'ensabler et pensant
toujours à s'arrêter sur un sol dur, sinon impossible de repartir !… Il nous
fallait repérer les sols plus fermes grâce à la couleur du sable, et ne pas
rouler au dessous de 50 km/h car le risque était au maximum. Tour d'Alfa,
crêtes, sables mous, nous obligeaient à un gymkhana permanent; puis au sommet
d'une crête, j'ai failli écraser deux jeunes aventuriers en bus CITROEN qui
remontaient de Zinder et avaient crevé un piston.
Ils campaient là depuis 3 jours et méditaient sur leur situation mais comme
peu de gens passaient à cet endroit, leur problème restait entier ! Nous
avons emmené l'un des deux jeunes vers Zinder où il put réparer son piston. A
Fort Lamy nous sommes arrivés à 24 heures d'intervalle avec la visite officielle
de Mr POMPIDOU (alors Président de la République) ce fût l'occasion d'une
fantasia avec la représentation des tribus du TCHAD; du Nord à dos de chameaux
et du Sud des petits chevaux dans un tintamarre de trompettes d'argent et de
coups de fusils. S'installa une folle ambiance et une surexcitation dans tout le
pays et nous suivîmes les conseils de l'agent CITROEN local qui nous conseilla
de cacher la voiture de peur qu'elle ne soit réquisitionnée pour le convoi
officiel.
Le retour permis à ma femme de nous rejoindre et c'est là que nous avons
failli "y rester"; nous avions décidé d'éviter les routes trop
fréquentées surtout vers les grandes mines d'uranium d'Alit. Nous avions donc
choisi une route désertique et c'est là qu'entre 120 et 130 km nous avons
heurté une barre de pierres cachées sous le sable nous immobilisant net avec
la projection de la galerie trente mètres devant nous, nous étions là,
hébétés moteur calé, portières ouvertes sous le choc ! Première chose:
personne de blessé, récupération et réinstallation de la galerie, re-sangler
le tout, fermer les portes et là instant d'émotion tour de clef… et le
moteur redémarra ! Sur cette piste seuls deux camions passaient par an.
Nous avions des réserves pour à peu près un mois et nous étions à au moins
160 km du plus proche point d'eau. Ce point d'eau souvent creusé à 30 m de
fond et sans corde, vous vous trouvez de toute façon totalement démuni. Nous
aurions été dans une situation très délicate si la SM n'avait pas
redémarré !!
L'unit avant (sous chassis / moteur et suspensions avant) a commencé à se
désintégrer petit à petit et à se désolidariser, le train avant avait de
sérieuses vibrations négatives et nous n'avions emmené aucune pièce
mécanique de rechange. Dans ces villages, à cette époque, on ne trouvait
absolument rien pas un clou, pas un fil de fer, pas un écrou… C'est en
cannibalisant de vieilles remorques de l'armée Françaises que nous avons pu
récupérer des bouts de tiges filetées et on a pu resserrer l'unité et les
éléments de suspension et nous regardions d'un œil très intéressé les
fixations des poteaux des lignes électriques de Tamanrasset et Alain Leprince
fît merveille dans ces restaurations de fortune. La voiture
"s'ouvrait" de l'avant et dans un village nous avons expliqué notre
problème à un touareg mécanicien, nous lui avons demandé de rentrer dans son
garage; on va mettre la voiture contre le mur du garage et caler le moteur avec
une grosse pierre, de l'autre côté à l'aide d'un énorme cric de Fardier
(trouvé dans les épaves de l'Armée Française !), nous feront pression entre
le mur et la roue de la SM !!
Dès que les premières contraintes ont commencé à faire leurs effets, ce
sont les morceaux du toit du garage qui se sont désolidarisés et nous
tombaient dessus. On a du constater que ce n'était pas la voiture qui se
resserrait mais les murs qui s'écartaient ! Il nous a fallu abandonner ce type
de réparation et reprendre la route dans cet état avec des "réglages
fréquents" et nous avons pu ainsi regagner Alger où nous attendait notre
bateau. Puis, autoroute vers Paris comme de simples vacanciers avec notre "Coralie".
La voiture fut rendue en état et servi d'exercice aux jeunes apprentis de
l'école CITROEN où elle fut démontée et remontée maintes fois, malgré ma
demande d 'achat du véhicule auprès de la "Maison CITROEN".
Les 12 à 14 000 kilomètres furent pratiquement couverts sans encombre
mécanique à part cet unit mais qui avait beaucoup souffert dans les pistes du
désert. Ce fut son seul point faible. Toute cette réputation de fragilité de
la motorisation de la boite de vitesse, de l'embrayage dont on nous avaient
rabâché les oreilles, n'était pas fondée.
Seuls quelques problèmes d'ordres électriques comme toutes autres voitures
traversant le désert. Le régulateur disjoncteur ne tenait pas la chaleur et
les fortes vibrations. Nous avions tendance à " trop charger " la
batterie.
Aujourd'hui il serait difficile de réaliser un périple aussi passionnant,
quel véhicule aurait une telle personnalité, un tel ''toucher de volant''
aussi exceptionnel ,et ne ressemblant en rien à aucune autre voiture ! A lire
et à relire de " Paris au Lac Tchad. " Articles parus dans l'Auto-Journal
du N°172 a 175.
Propos recueillis par Pierre PHILIPPS |